ESTER'S KITCHEN

Que se passe-t-il dans ma cuisine ?

28 novembre 2006

10 façons de manger une maison d'édition...

Comme beaucoup d'entre vous, j'ai dans ma bibliothèque un petit paquet de jolis livres des Editions de l'Epure, connus pour leurs livres "10 façons de préparer".

Pascale leur avait fait un joli billet il y a déjà quelques temps... On m'en a souvent offert (encore mieux que des fleurs pour un dîner, et bien moins chers, à 6 euros 50 !), et j'ai même des collectors que l'on m'a offert il  y a déjà 15 ans, et désormais épuisé (je vous recommande si vous le trouvez chez un bouquiniste celui sur la banane, où vous apprendrez comment cirer vos chaussures, hilarant).
Les recettes sont drôles et originales, et ce "bel objet miniature" mérite que l'on s'y attarde. C'est un livre qui se mérite, il faut en couper les pages une à une, et apprécier la reliure cousue à la main. Avec un joli papier velouté, légèrement crème...qui vieillit bien. Qui d'autre qu'eux aurait eu l'audace de publier un livre consacré aux épluchures, au yuzu, au taureau de combat ? (pas de lien Amazon, seuls quelques titres sont disponibles en vente en ligne, allez donc chez votre libraire)

Or, il y a quelques jours, en ces périodes de pré-cadeaux, je me promène au Virgin le plus proche de chez moi... Et je découvre de loin le nouveau produit des Editions de l'Epure (en tout cas, ça m'y fait penser tout de suite) : un joli coffret-cadeau légumier, absolument ravissant avec ses marque-pages (j'en ai une belle collection, eh oui, pas étonnant que cela m'attire).

Je m'approche et oh surprise, ce ne sont pas du tout des petits livres de l'Epure, mais ceux d'une bien plus grande maison, Marabout. La ressemblance est frappante : même format, même genre de thème (tiens donc, sur mon obsession quotidienne, les fruits et légumes, mais c'est un hasard, avec des titres comme la tomate, le céleri, les légumes oubliés)... Les auteurs sont de bons auteurs, Kéda Black notamment (j'aime beaucoup ses cheese cakes et ses charlottes)... mais le papier est cheap, l'impression aussi, des agrafes et pas de reliure...
Réflexe professionnel, je tourne les pages, 'imprimé en Chine' (coucou Camille...), et réflexe consommateur, je cherche le prix : 35 euros, pour...30 livres.

Soit  à pein plus d'1 euro le clône contre 6 euros 50 l'orginal. Waouh. Imbattable.Joyeux Noël les Editions de l'Epure !

Il est connu qu'une bonne idée se reconnaît à ce qu'elle est reprise et plagiée. Accusation fréquente quant aux recettes de cuisine et parfois difficilement démêlable (air du temps ? copie plate ? réintérprétation ?).
Mais entre l'inspiration (ainsi, toutes les photos des livres de cuisine se ressemblent en ce moment, la vogue des petits formats et petits prix fait pas mal d'émules et de vagues, nos étagères commencent à crouler) et le plagiat, à des conditions financières plutôt déloyales, il n'y a parfois qu'un pas... A ce compte, je m'inquiète (et nous sommes nombreux) de la survie d'une petite maison d'édition indépendante. Ce serait vraiment dommage qu'une si belle histoire de 15 ans s'arrête, après avoir survécu il y a plusieurs années à l'incendie de l'entrepôt de son distributeur.

A ce que j'ai lu dans Le Monde, Sabine Bucquet, l'éditrice, invoque le "parasitisme économique", expression que je trouve parfaitement adaptée, et un procès est actuellement en cours, ce qui ne vous empêchera pas de trouver les deux collections chez votre libraire le plus proche. 

Conclusion,pour Noël, achetez et offrez les originaux plutôt que la pâle copie, même bien emballée : en matière de livre, le flacon importe autant que l'ivresse.

NDLR : mes livres ne sont pas distribués par le distributeur de la maison d'édition sus-nommée, je reconnais que cela me donne une liberté de parole que certains auteurs ne peuvent pas avoir. Et qu'en publiant des livres à prix mini, je contribue certainement à l'emballement de la machine éditoriale (mais rassurez-vous, cela ne met que du beurre dans mes épinards).
La liberté d'expression ne s'usant donc que si l'on ne s'en sert pas, pour une fois, je sors de ma réserve policée...car j'aimerai réellement continuer à lire et à offrir ces délicieux petits livres.A vous de jouer !


Les Éditions de l' Épure
25, rue de la Sablière
75014 Paris
www.epure-editions.com
contact@epure-editions.com

Si vous ne les connaissez pas et que vous êtes à Paris, vous pouvez aller découvrir sur place le beau travail de cette petite maison d'édition lors de leurs journées portes ouvertes, les 2 et 3 décembre, de 11h à 19h.

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22 novembre 2006

Confit de quetsches à la cardamome, la confiture de ceux qui n'aiment pas la confiture

En discutant avec Cathy, je me suis rendue compte que beaucoup pouvaient croire que je ne mettais que des recettes que j'appréciais à 100% dans mes livres.

Malheureusement, il n'en est rien, car je n'ai pas le goût universel. Parfois, je cuisine des plats pour vous plaire mais que malheureusement je ne sais pas apprécier.
Si je m'écoutais, j'infligerai des recettes de plats terriblement acidulés -genre rhubarbe à la mélasse de grenade relevée de citron vert et de sel, miam-, une tonne de recettes de pâtes aux légumes,  jamais de fromage-qui-pue-plein-de-Penicillium roquefortii, jamais de pâté (ni de rillettes)... et jamais de confiture (trop sucrée à mon goût).

Donc, j'essaie dans mes livres de penser un peu à tout le monde, en me disant que ce n'est pas parce que perso, je ne suis pas super-fan que cela ne fera pas le bonheur d'autres personnes.Heureusement que Bricol'Boy a un palais fort différent du mien et même, très complémentaire (capable de manger du fromage ET de la confiture, voire les deux en même temps : ah, le soufflé poire-roquefort ! le gratin butternut-roquefort ! il en a du mérite).

C'est pour cela que dans l'ouvrage sur les brunchs s'est posé le problème de la confiture, et j'avoue, j'ai triché et proposé des sortes de fausses confitures, bien moins sucrées et qui donc se conservent beaucoup moins, mais sont délicieuses !

Après le confit de griottes au clou de girofle, je vous propose aujourd'hui une variation parfaite pour accompagner un cheese cake : un confit de prunes violettes à la cardamome.

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Fondant, juste pris dans son jus, le goût de la cardamome fait péter la quetsche. Va comprendre pourquoi l'Alsace et l'Inde se mélangent si bien... la route des Epices devait en fait passer par là.

Son principe est réplicable ad lib,  avec des poires et de la badiane (nous en ferons jeudi à la Cuisine fraîch'attitude), des pommes et du poivre long... Sur le principe 1 fruit + 1 épice, vous en avez pour tout l'hiver, d'autant plus que ce "confit' (pas gras du tout, eh eh eh)  ne se conserve qu'une petiote semaine au frigo.

Ne vous inquiètez pas, Virgile s'est fait un délice de vider le plat !

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Confit de quetsches à la cardamome
Pour accompagner un cheese cake pour 8 personnes

500 g de quetsches (fraîches ou surgelées, mais en novembre, vous vous doutez...)
100 g de sucre complet ou roux voire rapadura, muscovada
4 cosses de cardamome verte
Jus d'1/2 citron
2 feuilles de gélatine

Ouvir les cosses de cardamome, en réserver les graines. Faire chauffer les quetsches dans une petite casserole à fond épais, lorsqu'elles commencent à rendre du jus, ajouter le sucre, la cardamome et le jus de citron. Laisser compoter à feu doux (compter environ une vingtaine de minutes).Pendant ce temps, laisser tremper la gélatin dans un bol d'eau froide.
Essorer les feuilles de gélatine en les pressant entre vos mains, les ajouter à la compotée encore tiède. Bien mélanger, laisser refroidir avant de mettre au réfrigérateur 1h au moins.
Vous pouvez évidemment remplacer la gélatine par de l'agar-agar mais même après cuisson, j'ai trouvé que l'effet "fausse confiture" était moins réussi visuellement avec de l'agar qu'avec la gélatine. Question de goût !

Posté par esterelle à 04:43 - Sucrivore - Commentaires [12] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

15 novembre 2006

Tarte à l'oignon et au zaatar, ou rencontre est/ouest (la cuisine ne fait pas de géopolitique)

C'est mon marchand de légumes libanais qui m'a remis, il y a quelques années, un petit bocal qu'il avait sous sa caisse : "Faut que tu goûtes ça".

Ca, c'était un mélange de sumac, de sésame et de thym, lequel thym donnait son nom au mélange nommé zaatar (et explique certaines confusions entre le mélange d'épices et le simple thym).

Pour le sumac, on lit souvent que c'est une plante, soyons exacts : c'est un arbuste, et c'est son écorce séchée que l'on broie. En fait, je lis des controverses quant au fait que ce soit ses baies qui soient broyés, ou son écorce (avis aux fabriquants, on attend vos secrets). Son goût acidulé en fait une de mes épices favorites, bien que son goût soit très volatil et résiste peu à la cuisson (perso, je me fournis chez Massis Bleue, comme d'hab'... de vrais dealers pour moi. Même que la semaine dernière, ils m'ont reconnus à cause de la photo sur le blog, mon anonymat chez eux, c'est foutu...).

On peut même aller jusqu'à dire que c'est une épice qui fait chanter la cuisine (ah ah ah, je n'ai pas pu résister, merci Yma).

Simplement mélangé à de l'huile d'olive, ce fameux zaatar, donc, se transforme en une pâte épaisse et parfumée, parfaite pour être étalée sur des pains pitas tièdes. Egalement délicieux à la place du simple sumac dans la salade Fattouche (si pour moi c'était le marchand de légumes qui m'a illuminé, pour Pascale, c'était un chauffeur de taxi). On doit avoir l'amour de la nourriture écrit sur le visage -je tape le premier qui dit les fesses- pour que des inconnus nous parlent de bouffe et d'épices à tous les coins de rue. Délicieux aussi saupoudré sur des brochettes de poulet, et sur du poisson simplement grillé. Hum.

Jusqu'ici, mon pot de zaatar servait surtout l'été et s'ennuyait au milieu de ses 50 homologues (je suis loin du compte de Mercotte, et en plus, les miens ne sont pas toujours étiquetés...), jusqu'à ce que je relise pour le travail un très intéressant dossier sur le petit déjeuner à travers les siècles et dans le monde. On y parlait du petit déj' palestinien où l'on consomme des galettes saupoudrées du mélange zaatar-huile d'o.
Conclusion, comme d'hab' : cette épice fait le tour du Moyen-Orient...semble-t-il avec des variantes locales. J'ai entendu parler d'hysope en Palestine,  et de graines de grenade ajoutés ailleurs. Si les spécialistes ès épices peuvent se pencher sur ce cas, ce curry (au sens de mélange, bien sûr) oriental, je suis preneuse d'explication.

Choc des cultures, des idées, en rentrant le soir donc : une petite fondue d'oignon des Cévennes (mes préférés avec ceux de Tropea (hop, une photo sicilienne du paternel, qui eux boxent dans la catégorie rouge), un oignon snob avec AOC qui ne fait pas pleurer les yeux délicats mais ravit les papilles, sur une pâte feuilletée, préalablement cloutée et saupoudrée de zaatar... Et pour ne pas faire dans la demi-mesure, la caramélisation des oignons fut renforcée par un peu de mélasse de grenade. Tiens donc, encore.

tarteoignons


Pas besoin de recette, vous êtes grands maintenant, utilisez votre classique tarte à l'oignon (sans migaine SVP), et relookez-la à l'orientale avec ce délicieux zaatar et une larme de mélasse de grenade (qui a dit "encore" ?).

Au résultat, un mélange est/ouest très convaincant. Les mariages mixtes font toujours de beaux enfants.

Pour utiliser le pot de zaatar qu'il va vous rester après avoir fait cette tarte, essayez donc :

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Posté par esterelle à 17:11 - Un peu tarte... - Commentaires [18] - Rétroliens [1] - Permalien [#]

10 novembre 2006

En cas de besoin de réconfort, je recommande...

La vie nous a un peu malmenés ces derniers temps avec Bricol'Boy. Sans faire ma princesse, nous avons vécu des moments pas très drôles, et il faut bien le dire, cela m'a coupé l'envie de cuisiner, d'où mon absence temporaire -z'avez quand même remarqué, dites...

Vous avez finalement l'habitude que ce blog ne soit pas très régulier, un peu en pointillés, exactement comme son auteure. Il y a un personnage qui me touche beaucoup dans Harry dans tous ses états : le comédien, interprété par Robin Williams, qui a le malheur de devenir flou lorsqu'il passe devant la caméra. Et bien voilà, en ce moment, nous sommes flous, mais cela va passer...

Il a quand même bien fallu nourrir la maisonnée, et j'ai puisé à gauche et à droite du réconfort en barre...
Je déroge à ma règle éditoriale tacite qui est "je laisse un commentaire sur le blog de la personne dont je fais la recette plutôt que de la republier, faut pas pousser quoi", histoire de remercier au passage les auteures de ces soutiens merveilleux.
Voici une petite sélection 100% toute douce, remonte moral et facile à faire :

Chaque fois que j'ai fait une recette de chez elle, ça a été un hit : le cake au café, les sablés à la cardamome (oh mon Dieu), et là, elle m'a ENFIN fait comprendre le génie de la brique en terre. Bravo. Et merveille pour les flemmasses, y'a qu'à tout balancer dans la cocotte et mettre au four pas préchauffé. Merveilleux quand on veut mettre les pieds sous la table.
Dans une autre vie, je veux bien embaucher Fred comme cuisinière particulière, le jour où l'on aura gagné à l'Euromillions (ou inventé quelque chose de révolutionnaire, genre le nylon, le bouillon cube, la pénicilline, la péridurale ou le lait concentré).
Info pratique : sachez que les baignoires pour bébé ont la taille parfaite pour faire tremper votre Romertof, et sont beaucoup moins remuantes que les nourrissons (mais elles, elles préfèrent l'eau froide).

Il est bizarre de se rendre compte que Hélène du merveilleux Mon Blog de Filles fut un pillier de Marmiton, alors qu'elle  ne se nourrit (presque) que de saucisson. Le jour où j'ai tilté que ZE recette parfaite venait de chez elle, waouh, total respect. Et j'ai vu ensuite que Mercotte était également d'accord.
J'ai pas pu résister à faire une variation : à la pâte de pistache. Très anaikienne. Puis au praliné. Pas dégeu mais sans intérêt. Les variations sont sympathiques mais la pistache fait un effet chimique étrange dans la pâte qui gonfle démesurément et fait songer à un champignon atomique débordant joyeusement du moule qui n'en peut mais.
Mon secret pour des cannelés réconfortants: la dose de rhum. Faut y aller fort, vraiment très fort, de toute façon, à la cuisson, l'alcool s'évapore, reste le parfum. Hips.

Après le bouquin sur le chocolat je peux le dire : mon gâteau au chocolat préféré, c'est le gâteau de Jacqueline. Rien à faire, j'y reviens, j'y reviens non stop. Parfois les jours de folie je fais le célèbre Bellevue de Felder, mais vraiment parce qu'il faut changer.
J'ai fini quand même par me laisser tenter par le fondant Pierre Hermé, parce que les 250 g de sucre du fondant de Nathalie de Trish Deseine me font très peur.
A force de bosser avec des diététiciennes, j'ai développé un blocage : je suis incapable de faire un gâteau contenant plus de 200 g de beurre et/ou de sucre. Cette maladie bizarre (les auteurs du Baleinié devraient s'y pencher) m'empêche par exemple de faire du kouign amman. Ou les brioches à mourir qui sont chez Fred, toujours. Je pense aux artères, au coeur de mes invités, et je bloque, je peux pas leur faire ça, et conclusion : ils mangent des panna cotta, des gateaux sans beurre (et ils doivent rêver de sauce hollandaise après).
Donc, j'ai enfin vaincu un tabou en passant une plaquette de beurre complète (si si, il n'en restait pas un poil, un gramme, nibe, nada) dans ce malheureux gâteau, que tous ont trouvé très bon, mais moi... Ben... comment dire ? Un peu lourd, un peu trop sucré.
Enfin, les foules ont été réconfortées, vu le froid polaire de ces derniers jours, ce supplément calorique a été le bienvenu.

Je n'aime pas les glaces aux jaunes d'oeuf, la crème anglaise m'ennuie terriblement, pourtant, je sais la faire -avec un thermomètre, ça me rassure, OK, je suis psycho-rigide. Donc, je turbine allègrement des sorbets, du yaourt, du fromage blanc, de la crème fleurette... Et j'ai cherché déséspérement une recette sans oeufs, ouf, bonheur, on m'avait entendu de l'autre côté de l'Océan.
Quelques variations tout de même (amis du bio, bonjour) : du sirop de riz à la place du sirop de maïs (mais du miel aurait été parfait) ; et en plus du praliné detoutien, deux bonnes cuillères à soupe de pâte de noisettes sans sucre histoire de doper tout cela.
On a failli se battre pour finir la sorbetière et on s'est léché les doigts. Merci  Bichonne de m'avoir évité de finir mon praliné à la petite cuillère (si, si, c'est possible, et c'est pas gras du tout, non, c'est plus light que le nutella puisqu'il n'y a pas de chocolat ;-)


Promis, ma prochaine recette vous fera pleurer un bon coup, mais pas à cause de nos soucis, promis !
Et je vous dirai ce que j'ai fait avec les blancs d'oeufs restant des délicieux cannelés d'Hélène.
Bref, je reprends doucement le collier d'Ester Kitchen...

Posté par esterelle à 12:50 - Commentaires [33] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



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